LAMBERSY Werner


Biographie

Né à Anvers le 16 novembre 1941, il a exercé des métiers très variés avant de collaborer aux activités du centre Wallonie-Bruxelles de Paris. Il a voyagé dans le monde entier et son œuvre est traduite en une dizaine de langues.

Bibliographie

  • À cogne-mots, 1968. 
  • Haute tension, 1969
  • Temps festifs, dessins de R.Renson, 1970
  • Silenciaire, 1971.
  • Moments dièses, 1972.
  • Groupes de résonances, 1973.
  • Le cercle inquiet, 1973.  
  • Maîtres et maisons de thé, 1980.
  • Le déplacement du fou, 1982.
  • Les lames nues, 1991.
  • Journal d'un athée provisoire, 1996.
  • L'os à souhaits, 1997.
  • Pays simple, 1998.
  • Dites trente-trois, c?est un poème, 2000.
  • Poésie francophone de Belgique : anthologie, 2002.
  • Carnets respiratoires, 2004.
  • L'éternité est un battement de cils, Arles, Actes Sud, 2005.
  • La toilette du mort, Lausanne, Éditions l'âge d'homme, 2006.
  • Effets du facteur éolien de l'art, sur l'érosion des choses 2009.
  • Devant la porte : assemblage, Photographies deClaude Allart, Editions du Cygne, 2009. (Le Chant du Cygne).
  • Anthologie, étude et choix des textes par Paul Mathieu, J.L. Poitevin et Otto Ganz, 2009. (Présence de la poésie).
  • De brins et de bribes, encres de Jean-Louis Millet, Éditions du Cygne, 2011.
  • Notes en plein vent , 2011.
  • Conversation à l'intérieur d'un mur, 2011.
  • Paris Paris : aller retour, revue Ficelle, n°105, 2011.
  • Cahier romain, éditions du Cygne, 2012. (Le chant du Cygne). Édition bilingue (traduit en néerlandais par Micha J. Knijn).
  • À l'ombre du bonzaï, L'âne qui butine, 2012.
  • L'assèchement du Zuiderzee, Rhubarbe, 2013.
  • Opsimath, Rougier, 2013.
  • Le mangeur de nèfles. Haïkus libres, Pippa, 2014.
  • Dernières nouvelles d'Ulysse, Rougier, 2015. (Poésie & peinture).
  • Escaut! Salut / Schelde! Gegroet, Opium éditions, 2015.
  • Sommet d'où jeter son pinceau, Le Taillis Pré, 2017. 
  • Echangerais nuits blanches contre soleil même timide, L'amourier, 2004.
  • Singuliers regards, CFC - Editions, 2000.
  • L'horloge de linné, Editions PHI et coédition avec les écrits des forges, 1999.
  • La Magdeleine de Cahors, Editions Labor, 1997.
  • Noces noires, Editions du noroit, 1987.
  • Dialecture du cercle inquiet, Le dé Bleu, 1975.
  • Incisions,II, 1981.
  • Errénité, Tétras Lyre, 1999.
  • Textes


    Mon âme est une chèvre
     
    Elle aime
    Aller libre où bon lui semble
     
    Courir un danger inconnu
    En écoutant au loin
    La flûte du pâtre qui repose
    Les fièvres de son corps
    A l’eau fraîche de ses rêves
     
    Passer son maigre peigne d’os
    Dans la lumière
    Et défaire jusqu’aux épaules
    Le catogan doré du soleil
     
    Lécher le crâne de la lune
    Comme une pierre de sel
     
    Montrer
    Et mesurer ses cornes
    Aux cornes noires que font
    A terre
    Les nuages bas des béliers
    De l’orage
     
    Elle
    Vivait à hauteur d’herbes
    Le nez dans les senteurs
    La langue dans la rosée
    L’œil
    Comme un clou de girofle
    Piqué
    Dans le flanc d’un oignon
     
    Puis l’herbe a disparu
     
    Ne restaient
    Que poussière et rocaille
    En été
    La boue en hiver
     
    Et la meule des vents qui
    Affûte
     
    Alors elle vécu à hauteur
    De buissons
    De garrigues d’épineux
    Et de bruyères
     
    Eté comme hiver
    Il fallait avoir la dent dure
    La joue
    Les lèvres et la bouche
    Pareilles
    A des peaux de tambours
     
    Mâcher longuement
    Comme de la peine amère
    Et saliver
    Du fond de soi pour adoucir
    Les sèves
     
    Puis tout fut arraché
    Tant la faim
    Voulait jusqu’aux racines
     
    Et bientôt le désert
    Roula ses hautes vagues
    De silence
     
    Le sel installa ses miroirs
    Le sable forgea
    Des roses qui n’avaient pas
    Besoin de mourir
    Et la beauté fut nue
    Comme le sabre du mystère
     
    Alors elle décida
    La chèvre de mon âme
    De vivre à hauteur d’arbres
     
    Là-haut dans les collines
    Sur les plateaux
    De la balance des horizons
     
    Et sur celui de gauche
    Pesait
    L’énorme vide des ténèbres
    Qui le faisait pencher
    Vers le bas
     
    Et peut-être parfois la main
    Lourde des morts
    Et l’invasion des sauterelles
    De la peur
     
    Mais l’autre à droite
    De l’aiguille du cœur
     
    Entraîné vers le haut
    Par l’absence de pesons
    Et de poids
    Tutoyait les étoiles
     
    Et jamais immobile ni fixe
    Oscillait doucement
    Au-dessus des marelles
    De nos amours
     
    La chèvre sauvage de l’âme
    Etait heureuse
     
    Elle bondissait et montait
    Dans l’arganier
    Comme l’enfant
    Sur les genoux de sa mère
    S’aggripe
    Aux branches de ses bras
     
    Pour écouter l’histoire
    Où sous l’écorce du ciel
    Parmi les feuilles
    Qui tremblent et s’agitent
     
    On parle d’huile de baumes
    Et d’aubier tendre
    Qui apaisent sans les épuiser
    Ni la faim ni la soif
     
    Et la chèvre de mon âme
    Dans la lettrine à contre- jour
    De l’arganier
    Chanta soudain plus haut
    Pour personne
    Et peut-être plus loin
    Que ses bêlements habituels
     
    (2005)

    ****

    C’est du bonheur de petit bois
    Mais dans la nuit qu’attendre d’autre ?
     
    C’est du bonheur de paille encore
    Humide à cause des yeux
     
    C’est du bonheur de dernières allumettes
    Dans la boîte
     
    Du bonheur de feuilles mortes
    Qui fera de la fumée
    Pour cacher les émotions
     
    Mais le cœur est content
    Qui va d’un feu à l’autre
    Comme un chameau entre les puits
     
    ****
     
    Tu dors dans le château de cartes
    De l’haleine
     
    Dehors souffle le vent de ceux
    Qui tuent
    Parce qu’ils ne peuvent
    Respirer
    Qu’avec la bouche de la mort
    Collée au cœur
     
    Les yeux des hommes sont alors
    Aussi laids
    Que les échelles d’incendie
    Qui derrière la maison
    Près des poubelles
    Descendent vers l’impasse dont
    L’étroitesse surprend
     
    Et tu t’éveilles en tremblant
    Dans mes bras
    Quand s’écroule en silence
    La légèreté des étoiles
    Et que l’aube
    A l’air d’un canard qui se refait
    Les plumes avec son bec
     
    ****
     
    L’arbre de vie
    planté entre tes cuisses
    faisait de moi
    un vertige de feuilles
    et de fruit
    qui tombaient comme
    en automne
    une pluie douce
    et sans bruit
    prend tout son temps
     
    Le billot d’ombre
    de l’âme
    et nos corps débités
    abattus et usés
    par les haches de soie
    étaient en bois
    de loupe
    aux nœud indociles
    plein de figures
    i,édites
    de carte aux trésors
     
    Encore fallait-il
    ailleurs marcotter les buissons
    de nos souffles et conduire
    le branchage épineux
    de nos sèves
     
    ****
     
    Icône
    comme un sexe
    de femme
    dans l’ombre blanche
    des colonnes
     
    La lampe rouge
    brûlant
    au fond de la chapelle
    des jours
    d’adoration ordinaire
     
    Où communier langue
    dehors
    et les yeux clos
    sous les lourds
    candélabres
    de cierges
    affamés par le ventre
    indéchiffrable des voûtes
     
    Et danser la danse
    du bec
    avec le casque
    d’un sexe d’homme
     
    Voici que s’offre
    l’écume fermentée
    de nos moissons
     
    Et que le ciel
    reprenant ton image
    muette
    gronde
    et ouvre
    des orages dans les collines
    de l’intérieur
     
    ****
     
    Je ne sais pas danser
    Mais je danse
     
    Je ne sais pas chanter
    Mais je chante
     
    Je ne sais pas vivre
    Mais je vis
     
    Je ne veux pas souffrir
    Mais je souffre
     
    Je ne veux pas aimer
    Mais j’aime
     
    Je n’ai pas voulu être
    Mais je suis
     
    Je ne veux pas mourir
    Mais je mourrai
     
    Je ne veux pas ne pas
    Mourir
    Mais que dira l’éternité
     
    J’ai voulu apprendre
    Mais en si peu
    De temps !
     
    ****
     
    Demain
    A 300. 000 km seconde
    Les charrues du soleil
    Continueront à tracer leur
    Sillon
     
    Dans le jardin où assis
    Je regarde la terre
    Foncer dans la nuit
    De l’espace
    A 37.000 km heure
     
    Sans qu’une seule feuille
    Des rosiers ne tremble
    Ni même ne bouge
     
    Sans que se disperse
    La fumée paresseuse
    De ma pipe
     
    Tandis que je pense
    A celle
    Qui fait trembler
    Mon âme
     
    A 300.000 km seconde
    Quand j’y pense
    Et mon corps
    A 37.000 km heure
    Dès qu’il croit
    Reconnaître son parfum
     
    Comme une lune soudain
    Sort des nuages
     
                                   ****

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